Au
milieu des années 60, le Fillmore, basé à San Francisco, devient
sous la conduite de Bill Graham
le temple du rock psychédélique.
Seulement concurrencé par l’Avalon Ballroom,
le Fillmore abrite alors les shows de Grateful Dead, Jefferson
Airplane, Janis Joplin,
Quicksilver Messenger Service et tous les autres,
et s’affirme, au delà de la musique,
comme un des pôles magnétiques de la contre-culture.
En confiant la réalisation de ses affiches de concerts
aux meilleurs graphistes du mouvement (Wes Wilson, Rick Griffin,
Wilfred Weisser, …), Bill Graham contribue à la dissémination
de cet art graphique nouveau, qui éclabousse les murs de couleurs,
de formes végétales et de lettrages plus illisibles les uns
que les autres.
Mais rien ne dure toujours,
et le psychédélisme, qu’on croyait à son lever de soleil,
est déjà à son crépuscule.
Au Festival d’Altamont, le 6 décembre 1969,
le paradis est définitivement perdu et vire à l’enfer
quand les Hell’s Angels poignardent un jeune Noir pendant que
les Rolling Stones, Majestés Sataniques,
chantent sur scène Sympathy for the devil.
Le même mois, Charles Manson,
leader halluciné et charismatique d’une communauté hippie, est
arrêté pour le meurtre sauvage de Sharon Tate
et de quatre autres personnes.
L’année suivante, Jimi Hendrix et Janis Joplin rejoindront les
étoiles, suivis de près par Jim Morrison qui en 1971 trouvera
son ultime refuge au Père-Lachaise à Paris.
Les Beatles ne sont plus. « Dream is over » : le rêve
est fini, prévient John Lennon. Le réveil sera dur, et la gueule
de bois sévère. Une époque s’achève, sur laquelle comme au Fillmore,
qui ferme ses portes le 4 juillet 1971,
le rideau tombe. |